Soeur Reine Godbout a de plus en plus de foi en la race humaine suite au désastre d'Haïti

Publié à 0h00 le jeudi 4 mars 2010
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Originaire de Grand-Sault, Sœur Reine Godbout, qui a œuvré en éducation dans les écoles de Kent, en plus de diriger des chorales, est à Terrier-Rouge, Haïti depuis janvier 2003, après sa retraite de l'enseignement. Trois autres religieuses Notre-Dame -du- Sacré-Cœur (NDSC) sont avec elle: Soeurs. Juliette Boudreau de Barachois, Gina Baiani de Moncton, et Marie-Eva Gaudet de Pointe-Sapin. Soeur Florence Cormier, 82 ans, de St-Paul (première fondatrice de la mission en Haiti) devait entrer en Haïti en janvier, mais un problème de santé l'en a empêchée. Soeurs Huberte Savoie, de Bouctouche, et Blondine Martin, de Baie Sainte-Anne, avaient été les premières religieuses NDSC à s'établir à Haïti, plus précisément à Terrier-Rouge.

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Soeur Reine Godbout, à l'arrière, avec des élèves d'une petite école dont elle s'occupe dans la zone la plus pauvre de Terrier-Rouge, l' École Jean Marie Vincent sous un abri temporaire.

Soeur Reine Godbout et ses consœurs de travail n'ont pas été affectées directement par le tremblement de terre puisqu'elles se trouvent plus au nord du pays. Elle a généreusement accepté de répondre à nos questions à partir de Terrier-Rouge par l'entremise du courrier électronique.

Quel genre de mission avez-vous entrepris en Haïti?

Nous avons surtout travaillé dans le domaine de l'éducation et de la santé. Aujourd'hui, toutes les écoles de la région sont dirigées par des haïtiens. Nous collaborons avec eux surtout au niveau de la pédagogie et le financement. Une sœur travaille toujours dans la santé.

Nous accompagnons la population dans des activités à caractère social, telles que l'assistance aux vieillards, aux sidéens et aux enfants démunis, l'organisation du service de parrainage et l'encadrement de groupements agricoles et d'associations de femmes.

Qu'est-ce qui vous a attiré en Haïti?

J'ai dans le cœur ce pays depuis mon jeune âge. Dans ma paroisse natale de Saint-André du Madawaska, nous avions eu un vicaire haïtien. Il venait nous visiter à l'école. Nous le questionnions sur son pays et nous l'aimions beaucoup. En plus, il avait un don particulier pour la prédication.

Plus tard, la regrettée Sr Blandine Martin de Baie-Ste-Anne que plusieurs de la région connaissent est venue enseigner en Haïti au début des années 70. Elle aimait ce pays et ses gens et elle m'a donné le goût d'y venir. Mais je remettais à plus tard.

Quand je me suis retirée de l'enseignement, j'ai senti que c'était le temps d'y venir.

Vos conditions de vie à comparer avec L'Acadie?

Premièrement, j'aimerais de souligner que nous, les sœurs, nous sommes très bien logées même si ce n'est pas le luxe ni le grand confort. Nous mangeons bien (sans «junk food») et nous sommes bien équipées en véhicules et en moyens de communication. Là où il y a une grande différence, c'est au niveau des infrastructures du pays. Nos petites villes et villages n'ont pas d'électricité ni d'eau courante. Ici au couvent nous avons l'électricité de trois à cinq heures par jour grâce à la génératrice de la paroisse.

Bref, enlevez l'électricité dans nos maisons et nos établissements publics et vous avez une idée de la différence entre l'Acadie et Haïti. Ici on transporte l'eau sur la tête souvent à de grandes distances. Imaginez, tous les lavages sont faits à la main…

Les routes secondaires sont désastreuses. Il faut dire que depuis quelques années, on a refait la route nationale dans notre région et nous voyons déjà un autre visage d'Haïti.

Mais il y a des ressemblances marquantes au niveau du peuple et de son histoire. Comme le peuple acadien, le peuple haïtien a connu la déportation, mais ce dernier, avec «chaînes» aux pieds… Heureusement qu'ils ont eu des «leaders» qui ont voulu que leur peuple reprenne sa dignité. Vous savez qu'Haïti est le premier pays de race noire à conquérir son indépendance 200 ans passés.

À côté de cela, vous avez tous les problèmes qui sont liés au sous-développement: la pauvreté, une promiscuité et il faut bien le dire, une corruption organisée en système qui parfois engendre de la violence.

Les effets de ce tremblement de terre sur votre travail en Haïti.

Ces semaines-ci, je vis ce bouleversement avec les gens. Nous essayons de notre mieux d'être à leur écoute surtout pour les déplacés qui nous arrivent de jour en jour au Nord-Est. Parfois, nous nous sentons dépassées par ces événements. En passant, j'aimerais rassurer les personnes qui parrainaient des séminaristes, jeunes étudiants, universitaires de Terrier-Rouge et des environs à travers l'organisme Parrainage Tiers Monde. Ces gens sont tous revenus les mains vides, complètement démunis, mais sains et saufs. Leur témoignage est saisissant! Ce sont les universitaires qui semblent les plus inquiets pour leur avenir. Aussi vous constaterez que le courrier de vos jeunes parrainés tarde à entrer. Je doute que les lettres envoyées autour de Noël se rendent à destination, car tout passait par Port-au-Prince. Depuis cette catastrophe tous les bureaux de poste sont fermés. Vous comprendrez que les contacts seront perturbés cette année, mais confiance nous finirons par communiquer avec vous. Merci de votre patience.

Pour terminer, j'aimerais de vous remercier pour vos prières et l'attention que vous portez à ce peuple démuni. Même à travers leurs grandes souffrances ce sont eux qui très souvent nous donnent du courage… Merci du fond du cœur d'être là à lutter avec nous.

Commentaires aux gens d' ici:

Je voudrais dire aux Acadiens et Canadiens en général un sincère merci au nom du peuple haïtien pour votre grande solidarité, votre soutien moral et votre profonde compassion. J'ai entendu parler de toute la mobilisation qui s'est déployée en Acadie et partout au Canada suite à cette terrible tragédie. Ça m'a prouvé une fois de plus que vous avez le cœur à la bonne place! Que de compassion et d'aide de toutes sortes pour secourir ce peuple en détresse! Merci aussi pour tous les messages d'ami-e-s. Je ne peux pas répondre à chacun E., mais c'est bon de vous savoir là…

On peut communiquer avec S. Reine Godbout par courriel même si elle ne promet pas de réponses: regodbout@yahoo.fr.

 

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